gratifiant > rec.* > rec.jardinage

Olivier 59 (26/07/2003, 08h58)
Dan a écrit :

> Je me souviens d'ailleurs d'un long article sur les "méfaits du gazon"
> aux USA, donné en lecture ici-même... je ne me souviens pas d'en avoir
> lu le pendant positif.


Tiens, je le remets pour le coup:

"Le Gazon" - Histoire d'une Obsession Américaine

Virginia Scott Jenkins, Smithsonian Institution Press,
Washington, D.C., 1994

"L'ouvrage de Virginia Scott Jenkins semble être aussi important que "Le
Printemps Silencieux" de Rachel Carson (un livre décrivant l'alarmante
disparition des oiseaux liée aux activités humaines). Son long et inquiétant
récit décrit l'enchaînement des mécanismes aboutissant à une lame de fond
dans les pratiques culturales aux États-Unis.

"Le Gazon" nous amène à essayer de comprendre là où notre société a mal
tourné ; ce qui nous a conduit, de l'idéal pastoral de nos ancêtres issus de
l'aristocratie terrienne, à une obsession quasi-névrotique qui, dans les
récentes décennies, nous a fait tolérer toutes les dépenses et permettre
tous les coups portés à l'environnement.

Aujourd'hui [1994], la surface de gazon du paysage américain s'élève à plus
de 12 millions d'hectares et son entretien coûte 5,3 milliards de dollars
par an [5,46 milliards d'?, 358 milliards de francs] - sans compter les
frais des soins occasionnés par les 60.000 accidents liés aux tondeuses
chaque année. L'Agence pour l'Environnement américaine [EPA] estime à 3
millions de tonnes la quantité de produits chimiques épandus sur les
pelouses chaque année, alors que dans la seule région de Washington D.C.,
environ 38.000 litres d'eau sont consacrés à l'arrosage de 10 m2 de pelouse
- une consommation colossale qui menace nos nappes phréatiques et nos
rivières à l'échelon national.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Les acteurs du drame sont variés. Au
commencement, les présidents Washington et Jefferson ont tenté d'imposer une
vision britannique plutôt bucolique du paysage américain, avec le Mont
Vernon comme emblème du paysage national.

Puis, la classe moyenne a évolué, le "Garden Club of America" entama un
"City Beautiful Movement" [Action pour une Ville plus Belle] et encouragea
les propriétaires de maisons à faire de leur front-à-rue une vitrine pour
entreprendre l'éducation esthétique des classes populaires : la pelouse est
alors devenue l'une des valeurs de la classe moyenne.

Parallèlement, à la fin du 19ème siècle, alors que les expositions et les
concours de jardinage confirmaient le rôle essentiel du gazon dans le
paysage, le ministère de l'Agriculture commença à recommander l'utilisation
du green [le gazon "parfait", ou la pelouse], établissant ainsi des
standards de qualités presque impossibles à atteindre - jusqu'à la
révolution chimique qui n'allait plus tarder.

Dans les années 20, les auteurs horticoles écrivaient dans la presse
populaire qu'une maison n'était pas vraiment une maison sans une belle
pelouse et que "les belles pelouses font les bons voisins". La machine était
lancée.

Par la suite, c'est la U.S. Golf Association qui se chargea d'amplifier le
mouvement. En 1950, elle dépense des centaines de milliers de dollars en
recherches à propos du green - et entame une collaboration avec le ministère
de l'Agriculture comme en 1917. Très vite, le golf et le gazon allaient être
intimement liés et la gent masculine n'avait de cesse de chercher à recréer
un bout de fairway dans son jardin. Les parcours de golf et le gazon
connurent un succès grandissant : 1000 parcours furent aménagés entre 1964
et 1965 et, au début des années 60, 500.000 pelouses se créaient chaque
année. En 1975, l'Amérique se vantait d'avoir 11.000 parcours de golf et 14
millions de golfeurs les fréquentant.

La déferlante publicitaire acheva de séduire le public à l'appel du "pas-si-
naturel-que-ça". Les tondeuses et les systèmes d'irrigation rendaient le
gazon possible partout. La gamme de produits répondait à tous les problèmes
et à toutes les attentes - l'arsenal chimique en faisant évidemment partie.

Des années 20 aux années 40, on eu recours à l'arséniate de plomb et aux
mercures organiques et non-organiques. Dans l'après-guerre, le slogan du DDT
était "la bombe atomique du monde des insectes" et le chlordane [formule
chimique : 1, 2, 4, 5, 6, 7, 8,8 - octachloro - 2, 3, 3a, 4, 7, 7a -
hexahydro - 4,7 - methanoindene. Insecticide de contact à large spectre,
interdit en France depuis 1998] ainsi que le 2,4-D [débroussaillant
systémique puissant] vinrent grossir le lot.

Le langage guerrier abonde dans la littérature et la publicité : "combattre
les ravageurs" ou "la guerre aux mauvaises herbes". La digitaire sanguine
[Digitaria sanguinalis] et le communisme deviennent synonymes dans
l?imagerie de la Guerre Froide. Il est intéressant de noter que beaucoup des
recherches effectuée au sujet du green furent menées à Arlington, Virginie,
sur un site aujourd'hui occupé par le Pentagone.

Avec "Le Gazon", Jenkins met le doigt sur un tournant de notre environnement
et de notre paysage. Comment cette industrie qui brasse des milliards de
dollars va-t-elle continuer à prospérer à l'heure des urgences telles que la
gestion de l'eau, la montée de la pollution et de la lutte raisonnée contre
les prédateurs ? Il faut maintenant faire des choix concernant la toxicité
des produits chimiques, la pollution de l'eau, la saturation des décharges
et l'habitat de la vie sauvage qui diminue chaque jour."

- Joseph M. Keyser -
natacha (26/07/2003, 08h59)
"Olivier 59" <olivier59> a écrit dans le message de news:
> J'ai une certaine admiration, pour ne pas dire une admiration certaine
> (!), pour ta tolérance et ton ouverture d'esprit Denis ;-) Cependant
> (bien sûr), lorsque pelouse de gazon signifie aussi gaspillage de l'eau,


---pas forcément

> pollution par engrais, herbicides et pesticides,


----Pas obligé

Au faite c'est quoi une pelouse de gazon? :o)
Natacha
Olivier 59 (26/07/2003, 09h30)
Denis Durand a écrit :

> PS : Je le répète encore, chez moi c'est chiendent pied-de-poule, trèfles,
> epervières et pissenlits, sans arrosage ni engrais et tontes occasionnelles
> ! Cependant, je respecte les points de vue qui s'expriment différemment à
> condition que ce soit dans un respect mutuel (...)


J'ai une certaine admiration, pour ne pas dire une admiration certaine (!),
pour ta tolérance et ton ouverture d'esprit Denis ;-) Cependant (bien sûr),
lorsque pelouse de gazon signifie aussi gaspillage de l'eau, pollution par
engrais, herbicides et pesticides, je trouve que le problème commence à
concerner tout le monde.

C'est parce que je *vois*, à l'échelle d'un parc, l'immense gâchis que le
gazon représente (milliers de m3 d'eau, montagnes de chimiqueries, bennes et
bennes de décharge non valorisée, pins noirs [Pinus nigra] qui crèvent les
uns après les autres à cause de l'arrosage automatique, etc.) que j'ai de
sérieuses raisons de douter de l'innocence du gazon en général. Tu vas me
dire "oui, mais un petit jardin avec 250 m2 de gazon, ce n'est pas bien
méchant". Bien sûr, seulement 250 + 250 + 250 . . .
Dan (26/07/2003, 10h14)
Bonjour Olivier,

Olivier 59 <olivier59> wrote:

> "Le Gazon" - Histoire d'une Obsession Américaine
> Virginia Scott Jenkins, Smithsonian Institution Press,
> Washington, D.C., 1994


en UTF-8 c'est tr?s disuasif :o)

Dan
Dan (26/07/2003, 10h14)
Denis Durand <denisd_31> wrote:

> "Dan" <djumet-laMerveilleuse> a écrit dans le message de news:
> > Peut-être que si un jour, sur ce forum, débarquait un passionné des
> > gazons, les choses changeraient radicalement... mais à ma connaissance
> > ce jour n'est pas encore arrivé.


> Il est peut-être arrivé et déjà reparti,
> sans que ça arrive à la connaissance de quiquonque.
> S'il a pris la précaution de lire, pendant quelques temps avant de
> participer activement ...


Je ne crois pas. À mon avis le passionné du gazon de type anglais
connait le nom de toutes les graminées qui le composent, y passe
énormément de temps et fait beaucoup à la main ou de façon mécanique. Il
habite dans un pays ou une région où le climat et le sol se prêtent à
cette culture dans de bonnes conditions. Pour moi c'est proche de ces
jardins de mousses dont on a déjà parlé ici et qui sont travaillés à la
pince à épiler. Ça ne se rencontre pas à tous les coins de rue. Sa
connaissance des graminées, de leur croissance, de leur adaptation, de
leur interaction, de leurs maladies, et parasites, son expérience
évolutive, ne manqueraient pas d'en accrocher plus d'un, ici. Peut-être
même qu'il partagerait l'avis de certains sur l'importance du climat et
des conditions de culture adaptées et contre la croissance n'importe où
et par n'importe quel moyen de n'importe quelle graminée. Peut-être
aussi qu'il n'appellerait pas ça du terme générique de "gazon" mais
commencerait par en décrire la composition. Va savoir...

Quoi ? J'ai lu trop de bandes dessinées ?

> PS : Je le répète encore, chez moi c'est chiendent pied-de-poule, trèfles,
> epervières et pissenlits, sans arrosage ni engrais et tontes occasionnelles
> ! Cependant, je respecte les points de vue qui s'expriment différemment à
> condition que ce soit dans un respect mutuel. Le respect, c'est prendre le
> temps d'expliquer au lieu de balancer deux ou trois mots pour casser !
> C'est sûrement une loi générale de la nature, il est plus long et difficile
> de construire que de détruire !


Jusqu'ici je n'ai lu personne qui "cassait" le poseur de question, je
vois juste des personnes qui font des reproches à d'autres participants
du forum. Le pauvre poseur de question doit être bien perdu dans tout
ça...

Ma question "Que lui reproches-tu à cette herbe-araignée ?" reste posée.
Si à toi ça semble évident, à moi pas.
Construire sous-entend comprendre d'abord ce qui est construit, vers
quoi on va. Si certains veulent du gazon pour le gazon même, beaucoup
d'autres le sèment pour occuper rapidement du terrain par étendue verte.
Au bout du compte ils s'aperçoivent que l'entretien de cette étendue
prend du temps et n'est pas à la hauteur de leurs espérances, peut-être
faut-il s'ateler à la tâche, peut-être vaut-il mieux changer de
tactique, ça dépend des personnes, ça dépend aussi d'où elles prenent
leurs renseignements.
Si les réponses sur un NG de jardinage rejoignent les conseils de
n'importe quel grand-magasin de plantes il n'y a plus ni discussion, ni
dialogue, ni échange, ni choix.

Le semeur peut quand même être prévenu que, si le lieu n'est pas
propice, le seul moyen de n'y passer que peu de temps tout en ne
changeant pas de tactique consiste à faire de multiples achats, d'y
consacrer un budget certain, de répandre produit sur produit. Il peut
aussi être prévenu que si tout les possesseurs de jardin agissent de
même ce n'est plus vivable pour personne. Dans ce cas le monde est
concerné, et une partie est en droit de faire connaître sa désaprobation
si elle en a l'opportunité. Un forum est une opportunité.

Au delà de ça chacun fait ce que bon lui semble, dans la limite des lois
en vigueur dans chaque pays, et des réglements éventuels de la zone
concernée.

Dan
Olivier 59 (26/07/2003, 10h19)
natacha a écrit :

> "Olivier 59" <olivier59> a écrit dans le message de news:


>> (...) Cependant (bien sûr), lorsque pelouse de gazon signifie
>> aussi gaspillage de l'eau,

> ---pas forcément
>> pollution par engrais, herbicides et pesticides,

> ----Pas obligé


Voui voui, c'est pour ça que j'ai dit "lorsque" ;-) Quand ce n'est pas le
cas, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles (les goûts
et les couleurs, tout ça).

> Au faite c'est quoi une pelouse de gazon? :o)


Ah, en voilà une question intéressante. J'ai sorti le tome 4 du Grand
Larousse pour l'occasion :

"Pelouse :

1. Terrain couvert d'herbe maintenue rase par des fauches fréquentes.
2. Herbe qui couvre ce terrain.
3. Prairie basse constituée de graminées de taille inférieure à 10 cm (en
basse altitude, la pelouse est maintenue par le fauchage et le broutage
intensif. En montagne et dans les régions arctiques, on trouve des pelouses
climatiques)."

Donc, une pelouse *de gazon*, c'est une pelouse dans laquelle on ne trouve
que du gazon [= ray-grass (de l'anglais "ray", ivraie ; et "grass", herbe),
fétuque et agro-machin (-stide ?)], mais il peut y avoir des pelouses de
trèfle, de pissenlit, de chiendent, etc. Une question que je me pose quand
même, c'est si ça doit forcément se limiter à des graminées. Question de
nuance entre pelouse et couvre-sol j'imagine.
Dan (26/07/2003, 11h28)
Olivier 59 <olivier59> wrote:

> Dan et Pascale m'ont fait remarquer :
> Oups ! ;-) Qu'est-ce que c'est que ce machin encore, UTF-8 ? (non non, je ne
> veux pas savoir :-))) J'ai juste fait un copier/coller dans les archives de
> Google, ça doit venir de là (?)


Oui.

> Et là, c'est mieux ? :


Non :o) Tu peux passer par un ?diteur de texte et retransformer en texte
brut, avant de coller, peut-?tre. Ou mieux : donner la r?f?rence du
message sur Google.

Dan
Dan (26/07/2003, 11h31)
Olivier 59 <olivier59> wrote:

> C'est le refus de la diversité qui coince, et ça peut se rencontrer dans
> tous les aspects du jardin.


....et de la vie...
Belle synthèse, bravo :o))

Dan
Denis Durand (26/07/2003, 11h39)
"Neuneu le Jardinier" <mon.beau.jardin> a écrit dans le message de
news: >
> "Denis Durand" <denisd_31> a écrit dans le messagede news:
> Pour apprécier les Karesansui, il faut déjà pouvoir distinguer Kameshima de Tsurushima.
> Je ne doute pas que ce soit ton cas.
> Dans ma pelouse de gazon j'ai une taupe qui m'a fait un Shinamoji, c'est
> distingué.

Certains perroquets aussi peuvent apprendre des mots, ce sont des oiseaux
très intelligents. Mais de là à réciter une poèsie, il y a encore loin ...
Mais t'as raison, la culture, c'est comme la confiture, moins on en a plus
on l'étale

oha yo gozaimasu
doumo-ari-gatou
Ja-ne
( Ben non je ne connait que 2 ou 3 mots en japonais, mais avec internet
c'est facile)

> > Neuneu ne m'amuse plus depuis longtemps...

> Ce n'est pas grave, toi tu m'amuses toujours.


Alors je vais encore te faire rigoler, j'adore ça.
Je n'y connait pas grand chose en peinture, ça ne m'a pas empécher de
pleurer, oui je dit bien pleurer, submergé d'émotion en voyant pour la
première fois des toiles de la série des Nymphéas de Monet au musée d'Orsay,
il y a quelques années de celà. J'étais pourtant bien dans l'ignorance des
techniques de l'artiste.

PS : Je suppose que quand tu vas à l'opéra t'as un dictionnaire d'italien
pour comprendre !
Je te plains !
Amitiés aux autres
Olivier 59 (26/07/2003, 12h11)
Dan et Pascale m'ont fait remarquer :

>> "Le Gazon" - Histoire d'une Obsession Américaine
>> (...)

> en UTF-8 c'est très disuasif :o)


Oups ! ;-) Qu'est-ce que c'est que ce machin encore, UTF-8 ? (non non, je ne
veux pas savoir :-))) J'ai juste fait un copier/coller dans les archives de
Google, ça doit venir de là (?)

Et là, c'est mieux ? :

"Le Gazon" - Histoire d'une Obsession Américaine

Virginia Scott Jenkins, Smithsonian Institution Press, Washington, D.C.,
1994

"L'ouvrage de Virginia Scott Jenkins semble être aussi important que "Le
Printemps Silencieux" de Rachel Carson (un livre décrivant l'alarmante
disparition des oiseaux liée aux activités humaines). Son long et inquiétant
récit décrit l'enchaînement des mécanismes aboutissant à une lame de fond
dans les pratiques culturales aux États-Unis.

"Le Gazon" nous amène à essayer de comprendre là où notre société a mal
tourné ; ce qui nous a conduit, de l'idéal pastoral de nos ancêtres issus de
l'aristocratie terrienne, à une obsession quasi-névrotique qui, dans les
récentes décennies, nous a fait tolérer toutes les dépenses et permettre
tous les coups portés à l'environnement.

Aujourd'hui [1994], la surface de gazon du paysage américain s'élève à plus
de 12 millions d'hectares et son entretien coûte 5,3 milliards de dollars
par an [5,46 milliards d'?, 358 milliards de francs] - sans compter les
frais des soins occasionnés par les 60.000 accidents liés aux tondeuses
chaque année. L'Agence pour l'Environnement américaine [EPA] estime à 3
millions de tonnes la quantité de produits chimiques épandus sur les
pelouses chaque année, alors que dans la seule région de Washington D.C.,
environ 38.000 litres d'eau sont consacrés à l'arrosage de 10 m2 de pelouse
- une consommation colossale qui menace nos nappes phréatiques et nos
rivières à l'échelon national.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Les acteurs du drame sont variés. Au
commencement, les présidents Washington et Jefferson ont tenté d'imposer une
vision britannique plutôt bucolique du paysage américain, avec le Mont
Vernon comme emblème du paysage national.

Puis, la classe moyenne a évolué, le "Garden Club of America" entama un
"City Beautiful Movement" [Action pour une Ville plus Belle] et encouragea
les propriétaires de maisons à faire de leur front-à-rue une vitrine pour
entreprendre l'éducation esthétique des classes populaires : la pelouse est
alors devenue l'une des valeurs de la classe moyenne.

Parallèlement, à la fin du 19ème siècle, alors que les expositions et les
concours de jardinage confirmaient le rôle essentiel du gazon dans le
paysage, le ministère de l'Agriculture commença à recommander l'utilisation
du green [le gazon "parfait", ou la pelouse], établissant ainsi des
standards de qualités presque impossibles à atteindre - jusqu'à la
révolution chimique qui n'allait plus tarder.

Dans les années 20, les auteurs horticoles écrivaient dans la presse
populaire qu'une maison n'était pas vraiment une maison sans une belle
pelouse et que "les belles pelouses font les bons voisins". La machine était
lancée.

Par la suite, c'est la U.S. Golf Association qui se chargea d'amplifier le
mouvement. En 1950, elle dépense des centaines de milliers de dollars en
recherches à propos du green - et entame une collaboration avec le ministère
de l'Agriculture comme en 1917. Très vite, le golf et le gazon allaient être
intimement liés et la gent masculine n'avait de cesse de chercher à recréer
un bout de fairway dans son jardin. Les parcours de golf et le gazon
connurent un succès grandissant : 1000 parcours furent aménagés entre 1964
et 1965 et, au début des années 60, 500.000 pelouses se créaient chaque
année. En 1975, l'Amérique se vantait d'avoir 11.000 parcours de golf et 14
millions de golfeurs les fréquentant.

La déferlante publicitaire acheva de séduire le public à l'appel du
"pas-si-naturel-que-ça". Les tondeuses et les systèmes d'irrigation
rendaient le gazon possible partout. La gamme de produits répondait à tous
les problèmes et à toutes les attentes - l'arsenal chimique en faisant
évidemment partie.

Des années 20 aux années 40, on eu recours à l'arséniate de plomb et aux
mercures organiques et non-organiques. Dans l'après-guerre, le slogan du DDT
était "la bombe atomique du monde des insectes" et le chlordane [formule
chimique : 1, 2, 4, 5, 6, 7, 8,8 - octachloro - 2, 3, 3a, 4, 7, 7a -
hexahydro - 4,7 - methanoindene. Insecticide de contact à large spectre,
interdit en France depuis 1998] ainsi que le 2,4-D [débroussaillant
systémique puissant] vinrent grossir le lot.

Le langage guerrier abonde dans la littérature et la publicité : "combattre
les ravageurs" ou "la guerre aux mauvaises herbes". La digitaire sanguine
[Digitaria sanguinalis] et le communisme deviennent synonymes dans
l?imagerie de la Guerre Froide. Il est intéressant de noter que beaucoup des
recherches effectuée au sujet du green furent menées à Arlington, Virginie,
sur un site aujourd'hui occupé par le Pentagone.

Avec "Le Gazon", Jenkins met le doigt sur un tournant de notre environnement
et de notre paysage. Comment cette industrie qui brasse des milliards de
dollars va-t-elle continuer à prospérer à l'heure des urgences telles que la
gestion de l'eau, la montée de la pollution et de la lutte raisonnée contre
les prédateurs ? Il faut maintenant faire des choix concernant la toxicité
des produits chimiques, la pollution de l'eau, la saturation des décharges
et l'habitat de la vie sauvage qui diminue chaque jour."

- Joseph M. Keyser -
Olivier 59 (26/07/2003, 12h23)
Dan a écrit :

[Gazon "parfait"]

> Pour moi c'est proche de ces
> jardins de mousses dont on a déjà parlé ici et qui sont travaillés à la
> pince à épiler.


D'ailleurs, on peut rencontrer l'excès et l'extrêmisme là aussi. Je lis un
forum consacré aux mousses et parfois, j'ai l'impression d'y voir des
maniaques comme il existe des maniaques du gazon : "comment désherber mon
jardin de mousse ?" (et on retombe dans les chimiqueries !) Ça m'a fichu un
coup quand j'ai lu ça. Je me disais "chouette, il y en a qui aiment les
mousses pour ce qu'elles sont, qui veulent sortir du moule", et puis en fin
de compte, certains ne sont pas très différents des adorateurs du gazon sans
un brin d'herbe qui dépasse.

C'est le refus de la diversité qui coince, et ça peut se rencontrer dans
tous les aspects du jardin.
Olivier 59 (26/07/2003, 12h32)
Denis Durand a écrit :

> J'ai choisi librement de tondre la végétation spontanée qui est venue sur
> mon terrain, de garder deux zones sauvages ( une vraiment avec le minimum
> d'intervention, l'autre jardinée (càd soigneusement entretenue !) mais
> uniquement avec des plantes sauvages indigènes ! et sur 600 m carré, moins
> la surface construite, en lotissement (crois moi faut être motivé).


Ça me fait penser au reportage que j'ai vu il y a 2 mois à propos du gars
qui OSAIT ne pas tondre sa pelouse ni désherber son "front yard" (jardin en
front-à-rue), aux US bien entendu. La ville l'a mis en procès et le harcèle.

En tout cas, bravo, et tiens bon.

> Je considère que c'est de la liberté individuelle de chacun de gacher et
> polluer.


Là, même avec la meilleure volonté du monde, je ne peux pas te suivre.

> Les consciences évoluent lentement, mais ce n'est pas en braquant,
> rembarrant, méprisant les personnes que les choses évolueront plus vite,
> bien au contraire !
> Expliquer, discuter, montrer, inciter ... OUI !
> Moquer (se), tourner en dérision, manipuler, imposer ... NON !


J'ai pour principe de ne pas poster quand je suis de mauvais poil et que des
messages me font bondir (et parfois, c'est dur de se retenir ! ;-)
Olivier 59 (26/07/2003, 12h39)
Dan a ?crit :

>>>> "Le Gazon" - Histoire d'une Obsession Américaine


>> Et là, c'est mieux ? :

> Non :o) Tu peux passer par un ?diteur de texte et retransformer en texte
> brut, avant de coller, peut-?tre. Ou mieux : donner la r?f?rence du
> message sur Google.


Ok, je laisse tomber :-)) Voici le lien :


age.*&hl=fr&lr=&ie=UTF-8&group=fr.rec.jardinage.*&selm=BB47D6FD.F7C%25oli vie
r59%40nosp.fr.invalid&rnum=1

ou :



D?sol? d'encombrer la liste pour rien avec mes b?vues.
Denis Durand (26/07/2003, 12h43)
"jide" <jice.jidepasdepub> a écrit dans le message de news: 3F224
[..]
> peu polluantes! Et c'est a mon avis, un jardinage parfaitement
> respectable
> J.D.

J'ai plaisir à lire ce genre de contribution.
C'est tout à fait mon point de vue.
J'ai subi sans doute plus de pollution quand l'agriculteur est venu traiter
son champ voisin de mon terrain, avec vent en plein dans la G... (la mienne
bien sûr !), qu'avec toutes les pelouses de gazon des voisins pendant toute
l'année.
J'ai du rentrer et me "barricader" à l'intérieur tant c'était incommodant.
Je me suis même interrogé pour savoir s'il avait le droit de traiter en
bordure d'habitation et si j'avais un recours !

Amitiés
Pascale (26/07/2003, 13h37)
jide <jice.jidepasdepub> a écrit le message
news:3F224BF0.92F7A107 :

> Mais il ne faut pas confondre avec la prairie que beaucoup de
> pavillons s'efforcent d'obtenir comme terrain de jeu des momes, espace
> a chaises longues et mise en valeur des fleurs ,et autres activites
> peu polluantes! Et c'est a mon avis, un jardinage parfaitement
> respectable


Tout à fait, mais ce ne sont pas ces gens là qui viennent poser des
questions sur la manière d'exterminer les mauvaises herbes ou la mousse ou
qui s'affolent parce que leur pelouse jaunit en été, ceux sont bien les
amateurs de moquette verte façon golf qui posent ce genre de question.

Discussions similaires